KINSHASA, le 10 février 2026 – Alors que la transformation digitale du continent s’accélère, la protection des infrastructures critiques devient un impératif stratégique. Le Consultant Tech‑Évangéliste.
bert Kabeya met en lumière une double réalité : la montée d’une cybercriminalité de plus en plus structurée, et la difficulté persistante des organisations africaines à parler ouvertement de cybersécurité.
Selon lui, l’Afrique n’est plus seulement une cible d’opportunité. Elle devient un terrain d’opérations pour des groupes organisés dont les méthodes rappellent les réseaux criminels traditionnels. Ce déséquilibre entre numérisation rapide et capacités de défense encore fragiles expose les États à des risques majeurs de déstabilisation économique.
Mais un autre problème, plus silencieux, complique encore la situation : la culture du non‑dit.
Les entreprises veulent bien parler cybersécurité… tant qu’on ne leur demande pas de dire ce qui ne va pas. Tout le monde sait qu’il y a le feu, mais personne ne veut être vu avec l’extincteur à la main. La cybersécurité en Afrique centrale, c’est un peu comme l’hygiène dans une cuisine de restaurant : tout le monde sait que c’est vital, mais personne ne veut qu’on regarde derrière le frigo.
Pourtant, les cyberattaques, elles, ne demandent jamais la permission d’entrer.
Un Observatoire national : non pas un juge, mais un thermomètre collectif
Face à cette « Camorra » numérique émergente, Albert Kabeya insiste sur la nécessité d’un Observatoire national de la cybersécurité. Pas un œil qui surveille, ni un bras qui sanctionne, mais un outil de mesure partagé. On ne soigne pas une fièvre en cassant le thermomètre.
Le véritable obstacle n’est pas technique : c’est la méfiance.
Les entreprises craignent que déclarer un incident revienne à exposer leurs secrets de famille.
Le régulateur assure qu’il ne veut que du bien.
Et au milieu, les cybercriminels rigolent.
Pour dépasser cette impasse, plusieurs leviers s’imposent :
– Anonymiser les données pour éviter que quiconque devienne « l’exemple du jour ».
– Mettre en place une gouvernance partagée, afin que l’Observatoire ne soit la propriété de personne, mais l’outil de tous.
– Offrir une valeur immédiate : alertes, benchmarks, recommandations, formations.
– Parler économie, pas technique : une entreprise non protégée perd des marchés, point.
En clair : transformer la cybersécurité en avantage compétitif, pas en sujet tabou.
Trois priorités pour une riposte continentale
Albert Kabeya identifie trois axes structurants pour renforcer la résilience africaine :
1. Réduire la dépendance aux solutions importées en développant des technologies souveraines.
2. Construire un front commun entre États africains pour contrer les cyber‑cartels.
3. Former massivement la jeunesse aux métiers de la cyber‑défense pour combler la pénurie d’experts.
« La cybersécurité n’est pas une option, c’est le socle de notre indépendance numérique », rappelle‑t‑il.
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Les attaques ne ciblent plus seulement les individus : elles visent les banques, l’énergie, les administrations — les piliers mêmes de l’économie.
Défense collective ou vulnérabilité collective
Les pays africains ont tout à gagner à bâtir un espace où les entreprises peuvent dire :
« Voilà ce qu’on voit, voilà ce qu’on vit, voilà ce qu’on apprend »
… sans craindre que cela se retourne contre elles.
Un Observatoire n’est pas un tribunal.
C’est un bouclier collectif.
Et dans un monde où les attaques se coordonnent à la vitesse de la lumière, la défense doit être, elle aussi, collective.
La vraie question n’est donc pas :
« Les entreprises vont‑elles accepter de participer ? »
Mais plutôt :
« Peut‑on encore se permettre de se défendre chacun dans son coin ? »
Bizarrement, la réponse ne semble toujours pas évidente pour tout le monde.












